La Male Jordane

Publié le par Comité de quartier

Bonjour à tous,

pour ceux  qui souhaitent  passer un peu de temps à lire pendant le confinement le Comité vous propose en quelques épisodes l'histoire de la guerre de Bordeaux. (Sud  Ouest du 01-11-2020)

Bonne lecture.

Le Comité

 

Bordeaux et la Guerre 1406-1450

EPISODE  I

De Saint-Julien en Médoc à la Male Jornade, un premier état des lieux.

Que dire de l'art de la guerre des Bordelais? Notre compréhension de la guerre médiévale et les représentations que l’on s’en fait reposent pour une bonne partie sur l’étude des batailles. Depuis Le Dimanche de Bouvines2ouplus récemment les travaux sur Azincourt3, Tannenberg4etCourtrai5,on constate un regain d’intérêt pour ces questions, délaissées par l’école des Annales qui récusait "l’histoire-bataille". Mais dans la mesure où ces événements sont particulièrement exceptionnels, ils sont susceptibles de ne pas être représentatifs du quotidien de la guerre.C'est pourquoi j'ai choisi de m'intéresser à des évènements plus mineurs ou différents,tels les sièges.Qui plus est,l'historiographie ne s'est que peu intéressée aux régions méridionales. Les grandes synthèses les traitent à la marge. Heureusement, la nouvelle génération de chercheurs a ouvert d’autres horizons géographiques aux études sur la guerre de Cent ans6. J'ai donc souhaité apporter quelques éléments sur des événements peu ou pas connus du grand Sud-Ouest. Les habitants de Bordeaux ont participé à plusieurs engagements militaires au cours de la guerre. Depuis la chute de la Principauté d’Aquitaine en 1372, le territoire relevant du roi-duc s’est réduit pour ne recouvrir en 1406 que le Bordelais, le Bayonnais, le Dacquois et Lourdes. Pour contrer l’avance des partisans du roi de France, le roi-duc envoie sans grand succès ses armées. Leur temps de présence est court et l’essentiel de l’effort est fourni par les forces locales, en particulier par les jurats7de Bordeaux

 

Le premier engagement de la période est celui de Noël 1406, non loin du "Bec d’Ambes, pour la garde et sauvegarde du lieu de Bourg"28. Cette bataille a fait l’objet d’une étude de S. Lavaud29qui met en évidence l’importance de la maitrise de l’espace fluvial,de l’adhésion de la communauté à la politique menée par ses élites et de l’engagement personnel des jurats. En 1406, Louis d'Orléans, lieutenant de son frère Charles VI en Guyenne, assiège les villes de Bourg et Blaye avec la ferme intention de marcher ensuite sur Bordeaux pour enfin en finir avec les possessions continentales du roi-duc. Les deux villes assiégées sont des "filleules" de cette dernière depuis la création de la Ligue de 1379 qui regroupe en 1406 Bourg, Blaye, Cadillac, Castillon, Libourne et Saint-Emilion (d'autres villes contrôlées par des partisans du roi de France seront reprises et réintégrées). Cette ligue a une vocation militaire: il s’agit de se prêter mutuellement assistance sous l’égide de Bordeaux30. En 1406, le roi-duc ne peut intervenir malgré les appels à l'aide des jurats31. L'affaire se joue donc entre l'armée de Louis d'Orléans et les forces levées par les Bordelais. Pour le duc, l'enjeu est de taille. Une victoire en Guyenne lui permettrait de prendre définitivement l'ascendant sur le duc de Bourgogne32qui ne s'est guère illustré au siège de Calais. Il peut compter localement sur les Armagnac et les Albret qui ont rallié depuis 1368 le parti pro-français. Il tente aussi de jouer d'un ressentiment des Gascons envers Henri IV qui a détrôné Richard II de Bordeaux33.Pour les Bordelais, il s'agit de conserver leur obédience anglo-gasconne, synonyme de privilèges lucratifs. Dès le 7 août 1406, les Bordelais engagent la compagnie du routier Lancelot de la Trau34. Ils sont avertis de l'entrée en campagne de Louis d'Orléans et préparent leur effort. Pour cela ils savent qu'ils peuvent compter sur la mar (la mer, qui désigne tout ensemble les deux fleuves et l'estuaire) pour ravitailler les places menacées. Déjà, les places tenues par les routiers pro-anglais aux alentours de Cahors et dans le sud du Périgord tombent les unes après les autres aux mains des pro-français35.Les maires des villes de Blaye, Libourne et Bourg font appel au soutien de leur marraine. Le15 octobre, le duc d'Orléans est à Saint-Jean d'Angély. Il avance sur Mirambeau ce qui laisse prévoir une attaque portée plutôt sur Blaye ou Bourgque sur Libourne ou Saint-Emilion. C'est ce qui décide les Bordelais à renforcer ces deux places avec l'envoi de troupes sur leurs deniers, commandées par des nobles du pays et secondées de bourgeois de la ville. La Chronique du siège de Blaye et de Bourg36rapporte que le duc est devant Blaye le 21 octobre au soir. Le duc sait que l'estuaire de la Gironde est la clé du dispositif de défense des Gascons. Aussi fait-il venir des vaisseaux de la Rochelle: les Registres donnent le chiffre de 4037vaisseaux. Pour M. Pintouin, c’est 300 hommes d’armes sur 18 navires, effectif confirmé par J. Juvenal des Ursins. E. Monstrelet et J. de Waurin donnent22 navires, 30 selon Walsingham. Selon le Journal du siège de Blaye et de Bourg, 367 Français sont fait  prisonniers et 5 Gascons sont pris et emmenés à la Rochelle. Cela veut dire qu'il y a plus de 367 Français embarqués puisque tous les navires rochelais n'ont pas été pris. On est donc en présence d'une force AMB

supérieure à celle décrite par M. Pintouin. Les écarts peuvent s’expliquer suivant qu’on compte les vaisseaux armés avec ou sans les transports ravitaillant l’armée du duc. C’est une démonstration de force navale. Sur terre, Blaye est peu inquiétée car il semble qu'un traité ait été conclu avec une partie des défenseurs de Blaye (la dame de Mussidan, qui fait office de seigneur de Blaye, est la nièce de Charles d'Albret, présent dans l’armée comme connétable de France):si Bourg tombe, Blaye se rendra. C'est à l'avantage du duc d'Orléans qui obtiendrait ainsi en un siège deux verrous majeurs du bassin défensif Bordelais.

Avec 1000 hommes embarqués, les Bordelais s'assurent de la supériorité numérique sur l'eau. Lors de la délibération du 19 décembre, ils établissent un plan d’action qui prévoit que la flotte aille au Bec d'Ambès, voire jusqu'à Castillon en Médoc afin de ravitailler Bourg. Il s'agit donc plus de forcer le blocus que d'affronter les Français embossés devant Camilhac53à deux pas de Bourg. C’est une stratégie plutôt défensive qui vise à enliser le siège et laisser à l'hiver le soin de chasser les Français qui sont dit sous les tentes, dans la boue et atteints de dysenterie. Cependant, quelques détails dans les Registres laissent supposer que les jurats ont aussi envisagé un dénouement rapide par une stratégie offensive: le pain et le cidre ne sont prévus que pour 8 et 4 jours54; ils réquisitionnent aussi des torches55, de la résine56et un bateau pour en faire un brûlot57et surtout, ils envoient le 7 décembre une lettre à deux nobles alliés pour qu'ils ne prennent plus la peine de venir en renfort. C’est le signe de l'imminence du dénouement. Les jurats se laissent donc deux options: soit décourager le duc d’Orléans en forçant le blocus pour permettre à Bourg de tenir plus longtemps ou limiter les coûts en forçant les Français à lever le siège par la destruction de leur flotte. C’est probablement la deuxième option qui est privilégiée (l’autre étant prévue à défaut) le 22 décembre 1406, lorsqu’ils décident de faire embarquer Aymeric de Duras et le sire de Saint-Cric sur les navires.

Fin premier épisode

 

 

 

 

Publié dans Annonce, Comité

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