LA MALE JORDANE

Publié le par Comité de quartier

Bordeaux et la Guerre 1406-1450

Episode V

Le nombre de morts d'après H. Ribadieu103est de l’ordre de 1500 pour les Bordelais sans compter les prisonniers que les chroniqueurs chiffrent de1200 à2200. D'après C. Gaier "l’infanterie est la victime toute désignée en cas de bataille perdue. Le nombre des fantassins tués est toujours effroyable. Il représente, dans tous les cas étudiés, entre 25 et 50% des effectifs engagés. Cela tient surtout au massacre systématique des vaincus, poursuivis sur 10 km ou plus encore par la cavalerie. Car les cavaliers tuent tous ceux qu’ils ne peuvent prendre à rançon. Dans ces conditions, seuls les plus riches bourgeois ont quelque chance d’échapper au carnage"104. Les chiffres avancés paraissent donc plausibles: fournissant le gros des troupes, la ville paye au prix fort la défaite. Conclusions Il faut noter l'impossibilité à l'heure actuelle de situer l'origine de l'art de la guerre des Bordelais. Il est certain que la chute de la Principauté amarqué un tournant dans la répartition de l'effort de guerre, que la création de la Ligue de 1379 en est l'expression et que cet art de la guerre évolue jusqu'à la fin brutale de 1453. La création et la défense d'un bassin défensif sont le fruit de la volonté de contrôler le bassin vinaire et l'affirmation d'une puissance régionale quasi-autonome. La défense des privilèges se fond dans la conservation de l'obédience du roi-duc et explique le choix de la résistance aux Français. Son existence prouve que les jurats ont entériné l'idée de mener des actions militaire en dehors de leur juridiction, d'autant que le roi-duc est loin et abandonne explicitement la défense du duché aux Bordelais. Là encore, les termes de la Ligue de 1379 et le traité de Troyes de 1420105marquent les jalons de l'évolution. On ne peut nier l'engagement des élites de la ville, suivies par la majorité de la population. La jurade dispose de la principale force militaire disponible dans le duché sans compter les contingents de la Ligue de 1379.De plus certaines familles de jurats se militarisent comme celle des Esteue ou des Guassias. D'un point de vue tactique, les Bordelais ont su s'adapter aux évolutions militaires. Dès le début du siècle ils disposent d'une artillerie, d'une cavalerie et d'une flotte. Ils mènent des courses, des sièges et tentent même l'affrontement direct. Ils s’entourentde gens compétents, (noblesse, marins, artisans). Ils ne négligent pas la logistique en s'appuyant sur les fleuves. Sont-ce des évènements exceptionnels? Les batailles navales sont sans conteste des évènements rares dans la guerre médiévale. Il est donc d'autant plus important d'étudier le peu qui nous en est dit et d'en rapporter la moindre bribe pour parfaire notre connaissance. En revanche, les sièges de 1420-1421 sont nettement plus usuels sans pour autant être quotidiens. Néanmoins, ils ont laissé des sources en abondance qu'il faut bien traiter. La Male Jornade est selon moi à mi-chemin entre les 102AMB, grandes batailles et l'escarmouche. Les effectifs engagés sont importants mais la portée et la notoriété de l'évènement sont médiocres. La question se pose donc de savoir si l'on peut encore réduire l'échelle d'étude et arriver à cerner l'expression la plus basique (coup de main, embuscade, escarmouche, etc.) de la guerre.P. Prétou avec l'étude des lettres de rémissions accordées aux soldats du roi de France en Guyenne a pu apporter des éléments précieux sur ce quotidien: patrouilles, messages à porter, occupation du territoire...C'est un filon que l'on doit plus systématiquement exploiter. Quelle portée ont ces évènements? Il n’y a pas de "mémorialisation" des victoires bordelaises. Aucun monument ni écrit ne laisse penser que des célébrations ont pu marquer la mémoire collective. Il n'y a que les défaites de Castillon et la Male Jornade qui sont restées. En 1953, pour le 500eanniversaire de la bataille, la commune de Castillon sur Dordogne est renommée Castillon-la-Bataille et il existe un spectacle sur cette thématique depuis 1977106.Il existe aussi plusieurs études de la bataille. La seule postérité de l'événement de 1450 nous vient du procès en canonisation de Pey Berland, archevêque de Bordeaux au moment des faits, écrit en 1464 et qui baptise la défaite107. L'oubli de ce passé militaire est en réalité concomitant à la victoire française. Politiquement, on peut poser la question de l’influence de la défaite du duc d’Orléans sur son destin mais aussi dans quelle mesure les sièges de 1420-1421 constituent une acmé de l’autonomie militaire bordelaise. Enfin, si l’on compare Castillon à la Male Journade, on peut trouver des similitudes: une armée communale qui n’est pas attendue par l’officier anglais, une cavalerie française décisive et l’absence d’artillerie côté anglo-gascon. La bataille de Castillon mais aussi d’autres événements compris entre 1372 et 1453,     mériteraient de nouvelles études. Bordeaux, une ville guerrière? Les Bordelais ont su utiliser leurs points forts comme la maîtrise du fleuve, la supériorité numérique offerte par la Ligue ou l'emploi d'une artillerie importante et de qualité. Ils ont aussi su pallier leurs points faibles en entretenant un lien étroit avec la noblesse gasconne qui leur fournit cavalerie et commandants compétents (sans pour autant empêcher l'émergence d'une bourgeoisie militarisée). Dans une certaine mesure la qualité des combattants bordelais n'a rien à envier aux armées princières, même si l'infanterie des jurades souffre des mêmes difficultés que les autres infanteries de son temps (une infériorité tactique face à la cavalerie lourde jusqu'à l'évolution introduite par les Suisses), avec une certaine renommée cependant dans le maniement de l'arbalète108. Cette "valeur" guerrière s'inscrit d'ailleurs dans une tradition militaire gasconne qui fera les beaux-jours des Montluc et autres D'Arta.

                                             FIN

Bonne soirée et bon weed-end

 

Publié dans Comité, Annonce

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