LA MALE JORDANE

Publié le par Comité de quartier

Bordeaux et la Guerre 1406-1450

Episode IV

Est-ce que chaque jurade en armes forme un contingent distinct dans l’ensemble de l’armée communale? Probablement. Dès 1406 une jurade possède un capitaine et un lieutenant distinct87. L’organisation des jurades semble être similaire à celle des bannières de Fribourg88:chaque bannière correspond à une "division territoriale de la cité" qui sert à "la mise en ordre de bataille des contingents, mais aussi à la garde et à la défense. Chacune de ces bannières représente une entité plus ou moins autonome constituant une section militaire de recrutement". On sait aussi que le principe de la montre est connu des jurats. Il est important de rappeler qu'on va à la guerre avec son voisin, son parent, son patron, son confrère. On se bat sous leurs regards, on s’y distingue ou on s’y couvre d’opprobre. Le couard est privé de tous privilèges, franchise et liberté de ladite ville et sous peine de tout, quand il s’agit de faire forfait au roi, notre seigneur, et auxdits seigneurs, et à la ville"89.Ces sièges n'ont été que le début d'une longue série qui amène Bordeaux à prendre pied dans l’Agenais et le Bergeracois90au plus grand plaisir d'Henri V qui félicite les jurats91. La Male Jornade, 1ernovembre 1450 En 1450 la situation est à nouveau à l'avantage des partisans du roi de France. La France anglaise n'est plus avec la reconquête de la Normandie. Reste aux Français à conquérir la Guyenne: en 1438 les écorcheurs de Villandrando ont mis à sac Saint-Seurin malgré une sortie des Bordelais. En 1442, Charles VII a tenté d'avancer en Bordelais mais son avant-garde fut dispersée à Saint-Loubès malgré la prise de La Réole. Aucune expédition anglaise de secours n’est possible du fait des dissensions internes entre York et Lancastre92. C'est dans ce contexte, pendant que le comte de Penthièvre s'empare de Bergerac, que le sire d'Orval93lance une chevauchée à travers le duché depuis Bazas. Sans rencontrer de résistance, il s'enfonce en Bordelais et d'après M. de Coucy, campe à Blanquefort sans qu'on sache si le château est pris. Les lettres de quittances relevées par le Père Ansèlme94désignent le sire d'Orval comme capitaine de 100 lances entre 1448 et 1451. La réforme de Charles VII de 1445 donne comme unité fiscale à ses armées la lance: un homme d’armes, deux archers, un coutillier, un page et un valet95. En théorie un capitaine de 100 lances a sous son commandement 6000 hommes. Mais le héraut Berry donne le chiffre à 400-500 hommes (une note marginale stipule 600 à 700). Si ces chiffres correspondent au nombre d'hommes d'armes, on aurait alors un effectif de 2400 à 3000 hommes au minimum, ou 3600 à 4200 au maximum; tout cela sans compter les compagnies de Etienne de Tholeresse, Robien Petit-Lou, un certain l'Espinasse, d'Etienne de Vignoles signalés par les chroniqueurs français. Pour les Anglo-Gascons, les chroniqueurs français ont estimé un chiffre entre 8000 et 10 000 combattants. Ils sont certainement surestimés pour glorifier le vainqueur. Bordeaux peut théoriquement aligner 5000 hommes au maximum auxquels on peut ajouter, selon M. de Coucy, 400 anglais fraîchement arrivés ainsi que les barons du Bordelais. Le commandement AMB

Est  confié à Gadifer Shorthoise96, maire de Bordeaux depuis 143397et au sous-maire Johan Gassiot98.Or le maire, nous rapporte Nicolas Harris99, présent en 1442à Bordeaux, semble être un piètre capitaine et aurait commandé en 1438la désastreuse sortie des Bordelais contre les Ecorcheurs. D'après M. de Coucy et Jean Chartier, le sire d'Orval est alerté de l'arrivée des Bordelais par la prise d'un de leurs coureurs. Ce sont des aléas fréquents: espionnage et renseignement font partie de la guerre. On envoie bien en avant du corps d'armée des chevaucheurs chargés de repérer l'itinéraire et la position de l'ennemi. Il n'est donc pas rare que les chevaucheurs soient interceptés par l’ennemi. Selon M. de Coucyle sire d’Orval cherche une bonne position où s’établir, talonné de près par les Bordelais. Il est difficile de savoir si le combat lui est imposé ou s'il l'a cherché. D'après le héraut Berry, l’ordonnance des Gascons laisse à désirer. G. Shortoise n’attend pas l’infanterie communale. Sa cavalerie prend de l’avance sur elle à tel point qu’elle finit par être trop loin: sur une marche allant de 6 à 8 km, il est facile aux cavaliers de distancer l’infanterie. Et pourtant, cette dernière semble avoir été disposée devant au départ selon J. Chartier. L'est-elle lors du premier choc ? Difficile à dire. Toujours est-il que, opportuniste, le sire d’Orval attaque la cavalerie anglo-gasconne esseulée. M. de Coucy nous dit qu’"il y ot de pluseurs et grans fais d‘armes, tant d’un costé comme d’autre; car pluseurs lanches y furent rompues, gens et chevaulx portez par terre". P. Contamine décrit alors la tactique comme ayant pour but "d’atteindre les montures, de désarçonner les cavaliers; alors intervenaient les écuyers, les ribauds, les valets d’armes, qui achevaient la besogne"100. Sur ce passage M. d'Auvergne rapporte ceci:

 

 "Or le jeu fut à l’approuchier,

 Et à monstrer lors la vaillance;

Car  quan vint aux bastons couchier,

Peu sçavoient le tour de la lance."

 

Aurait-on là la preuve qu’une partie de la bourgeoisie combat montée? Le vers des "bastons couchier" fait référence à la charge des hommes d’armes montés. Ces derniers, utilisent la lance couchée, "la hampe serrée sous l’aisselle [dirigeant] de la main la pointe de la lance, formant ainsi [...] un projectile unique"101avec leur monture. Le dernier vers fait référence à la moins bonne maîtrise des Bordelais. Elle s'expliquerait par le fait que ce sont des bourgeois qui ne peuvent rivaliser avec des professionnels. À ce jeu-là, sans l’appui de leur infanterie, les cavaliers anglo-gascons, d’une expérience inégale, ne peuvent faire le poids: le maire prend la fuite, entrainant toute la cavalerie. Reste alors au sire d’Orvalà mettre en fuite l’infanterie communale équipée de jacques et de salades selon M. d’Auvergne. Sans cavalerie et l’archerie n’ayant pas eu le temps de se déployer, d'après M. de Coucy, l’infanterie désorganisée ne peut tenir le choc. Sans formation, il est impossible aux gens de pieds de soutenir la charge de la cavalerie. La plus simple tactique à leur disposition est bien évidement le mur, de faible profondeur, déployé sur un large front. Une couronne, un carré ou un coin étaient aussi envisageables à l'instar des Suisses, Ecossais ou Liégeois. Pour la cavalerie il s'agit de casser la formation et d'isoler les piétons par petits groupes. Il est étonnant qu'il n'y ait pas de trace d'artillerie. On sait que les Bordelais disposent de pièces de petit calibre102.Peut-être n'ont-ils pas envisagé de les prendre vu la faible cadence de tir de ce type de pièce.

Fin de l'avant dernier épisode

Bonne soirée

 

Publié dans Annonce, Comité

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