LA MALE JORDANE

Publié le par Comité de quartier

Bordeaux et la Guerre 1406-1450

  EPISODE  III

Cet engagement n'est pas sans rappeler par sa tactique celui de 1372 devant La Rochelle où les galères castillanes d'Ambrosio Boccanegra s'étaient emparées du convoi anglais du comte de Pembroke. À cette occasion, les Castillans avaient aussi mis à profit le tirant d'eau de leurs navires pour pousser les nefs anglaises à l'échouage et ainsi s'en emparer séparément. Là aussi, il est questions de brûlots et d'abordages acharnés. La bataille de Saint Julien en Médoc s'inscrit donc dans la continuité des affrontements navals qui ont émaillé le conflit. La portée de l'évènement est tout aussi importante qu'en 1372puisque Louis d'Orléans rentre à Paris sans gloire, ce qui a sans aucun doute profité à Jean Sans Peur.Les sièges de Rions, Saint-Macaire et Budos, 1420-1421Le contexte est très différent de 1406. La guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons bat son plein et Henri V est régent du royaume de France. Il demande en mai 1420 à ses sujets gascons de prendre part à la mise au pas des rebelles partisans du Dauphin63. Déjà, sous le commandement du connétable de Bordeaux, les jurades s’étaient mises en armes pour reprendre les places de Puch-Norman, de Malenginh64et de La Mota-Mont-Rebel65dans les environs de Castillon au printemps. Pour les tenants du Dauphin, la situation est délicate puisqu'ils sont désormais sur la défensive. Les places de l'arrière-pays garonnais leurs sont acquises et représentent l’objectif des Bordelais car elles leur permettraient de tenir le bassin vinaire à la base de toute l'économie de la région et source de profit pour les élites bordelaises.De plus cela permettrait d'étoffer le bassin défensif que Bordeaux a tissé pour se protéger. C'est le moment d'un renversement de l'initiative puisque depuis la fin de la Principauté la pression militaire était quasi exclusivement française. Les jurats mobilisent toutes leurs jurades et toute leurartillerie66.Ils recrutent aussi100 hommes d'armes pour trois mois et les placent sous le commandement du connétable de Bordeaux67. Les frères Esteue, bourgeois de Bordeaux, sont nommés capitaines de la ville et le sénéchal a le commandement de l'ensemble de l'opération. Il est probable que les villes filleules aient été sollicitées. On aurait donc une armée d'environ 5000 hommes. Du côté français, le capitaine de Rions est un certain Bernad Ferran68, celui de Saint-Macaire est Guillaume Marceille, Marcelhe ou Marcille69et le château de Budos est tenu par son seigneur, André de Budos70. Tous ont probablement une garnison fidèle mais Rions et Saint-Macaire doivent aussi pouvoir compter sur au moins une partie de la population.Les jurades en armes sont envoyées aux sièges de Rions au début du mois de juillet71, puis à Saint-Macaire à la mi-juillet72et enfin à Budos en octobre73. Ce siège de Budos échoue-t-il ou bien n’a-t-il tout simplement pas eu lieu? Toujours est-il que ce n'est que l’année suivante, malgré la trêve signée74au mois de mars avec André de Budos, que Bordeaux obtient la reddition du châtelain AM.

Que peut-on dire des combats? Il semble au vu de la chronologie que Rions se soit rendue assez rapidement ce qui laisse supposer qu'une partie de la population était pro-anglaise. Le capitaine Marcille a dû se retirer sur Saint-Macaire plus fidèle au Dauphin car la ville est prise d'assaut après un mois de siège et des tirs d'artillerie (un certain Perron de Port est payé pour avoir ramassé les boulets75après le siège). Ce siège est le plus long des trois ce qui explique peut-être le report de celui de Budos. L'année suivante, sous le commandement de Menaud de Fabars, capitaine de Langon76, secondé de Bigoros Esteue, jurat de La Rousselle, et Arnaud Miqueu77, jurat des Ayres78, la place de Budos se rend à la fin du mois de juin79sans qu'il n'y ait eu vraisemblablement d'intenses combats. Cela s'expliquerait par la puissance de l'artillerie communale qui possède entre autres une pièce une bombarde capable de tirer des boulets de 300 kg80. Le transport81par gabarre jusqu’à Podensac nous est connu mais pas l'acheminement jusqu’au siège. Mon hypothèse est que le canon, parce qu’il est en fer, donc segmenté, peut-être démonté et transporté en pièces détachées à l’instar de ce qu'ont pu faire les artilleurs du duc de Bourgogne.82Que sait-on du dispositif bordelais? Au niveau du commandement un officier du roi-duc expérimenté est flanqué de jurats impliqués dans les affaires militaires. Pour les sièges de Rions et Saint-Macaire, c’est le connétable de Bordeaux qui est sollicité. À ce titre la bannière de la ville doit être remplacée par celle de saint-Georges83. Cela signifie que c’est au nom du roi-duc que la place est prise et que le commandement est assuré par l’un de ses officiers. La ville place ainsi ses combattants sous la protection du saint patron de la cause anglaise. On le retrouve dans le cri de guerre "Guyenne! saint-Georges!"84. Ce cri est probablement adopté par l’infanterie communale pour renforcer sa cohésion: bannières et cris de guerre communs permettent de faire naitre un sentiment de fraternité85.Il est en tous les cas un symbole de l'union anglo-gasconne.Que savons-nous alors de l’organisation de l'armée communale ? Elle est composée d'hommes d'armes, montés, issus pour une part de la noblesse du Bordelais mais aussi de la bourgeoisie. Cette dernière catégorie est bien identifiée dans les Registres86: les bourgeois sont obligés de posséder un harnois. Vient ensuite le commun, armé inégalement sur ses deniers.Se battent-ils tous côte à côte? Dans le cas de ces trois sièges, la distinction ne s’est certainement faite qu’entre gens de traits et les autres. Les plus riches, pouvant servir montés, ont sans doute mis pied à terre. On aurait d’un côté les gens de traits dont le rôle est de couvrir l’assaut et de l’autre le reste chargé d’y monter.

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